Tortues marines à La Réunion : ce que révèle le suivi SWIMM 2025
Si l’observation des baleines attire souvent l’attention à La Réunion, les tortues marines jouent elles aussi un rôle essentiel dans les écosystèmes côtiers. Le suivi SWIMM 2025 apporte de nouvelles données précieuses sur leur présence, leurs comportements et les risques auxquels elles sont confrontées sur le littoral ouest.
1/ Deux espèces de tortues marines observées sur le littoral ouest
Le suivi confirme la présence majoritaire de la tortue verte (Chelonia mydas) et, plus ponctuellement, de la tortue imbriquée (Eretmochelys imbricata), une espèce classée en danger critique d’extinction.
Les 78 observations analysées montrent que ces tortues utilisent principalement un couloir côtier étroit, entre 0 et 15 mètres de profondeur, le long du front récifal.
Les secteurs les plus fréquentés sont :
- Cap La Houssaye
- Boucan Canot
- Les Brisants
- L’Ermitage
Ces zones, particulièrement prisées par les usagers nautiques, créent une forte interaction entre trafic maritime et écologie des tortues.
2/ Disparition des herbiers : un changement écologique majeur
La quasi-disparition des herbiers de Syringodium isoetifolium force les tortues à modifier leurs habitudes alimentaires.
- Les tortues vertes consomment désormais des macroalgues et du turf algal sur les platiers et les fonds peu profonds.
- Les tortues imbriquées ciblent surtout les invertébrés récifaux, notamment les éponges.
Ce changement les rapproche du rivage, là où se concentre également le trafic maritime.
3/ Pourquoi observe-t-on les tortues en surface ?

Contrairement à certaines idées reçues, les tortues ne montent pas en surface pour s’alimenter. Elles y remontent pour :
- respirer ;
- effectuer une courte pause ;
- profiter des couches d’eau plus chaudes (thermorégulation).
Leur présence prolongée en surface les rend vulnérables aux collisions, car elles sont moins réactives et difficiles à repérer depuis un bateau.
4/ Un risque de collision sous-estimé
Les travaux scientifiques montrent que la capacité d’évitement des tortues dépend directement de la vitesse des bateaux :
- ≤ 2,2 nœuds (≈ 4 km/h) : évitement fiable ;
- 2,2 à 10 nœuds : évitement incertain ;
- > 10 nœuds : évitement quasi impossible.
Or, les vitesses aujourd’hui autorisées (5 nœuds dans la RNMR, 10 nœuds en saison baleine) dépassent déjà la zone d’évitement fiable.
Les collisions constituent désormais la première cause de mortalité documentée pour les tortues marines à La Réunion.
5/ Les zones de vitesse réduite : un outil indispensable de protection

Les résultats du suivi SWIMM montrent une parfaite superposition entre les zones d’activité des tortues et les secteurs soumis à limitations de vitesse.
Ce n’est pas un hasard : ces zones correspondent exactement à leurs sites d’alimentation, de respiration et de déplacement.
Sans ces limitations, les collisions augmenteraient mécaniquement, mettant encore plus en danger des espèces déjà fragilisées. Les vitesses réduites (RNMR, bande littorale à 10 nœuds) sont donc essentielles pour leur protection.
SWIMM : un outil d’aide à la gestion du littoral
Le programme SWIMM permet :
- d’identifier les zones d’alimentation et de repos ;
- de localiser les couloirs de déplacement ;
- de croiser ces données avec le trafic nautique.
Ces informations précises guident la gestion du littoral, afin d’adapter les limitations de vitesse, protéger les zones sensibles et améliorer la cohabitation entre activités nautiques et biodiversité.

7/ Un rôle écologique clé pour les récifs réunionnais
Les tortues marines sont des espèces ingénieures :
- les tortues vertes structurent les communautés algales ;
- les tortues imbriquées régulent les invertébrés récifaux.
Leur présence témoigne de la qualité des habitats côtiers et de la santé générale des récifs.
Conclusion
Le suivi SWIMM 2025 démontre que les tortues marines vivent, se nourrissent et respirent dans les mêmes zones où circulent les embarcations. Entre disparition des herbiers et augmentation du trafic nautique, leur vulnérabilité est accrue.
Les limites de vitesse actuelles, particulièrement dans la RNMR, sont parfaitement adaptées à leur écologie et indispensables pour réduire les collisions.
Protéger les tortues marines, c’est préserver l’ensemble du littoral réunionnais et l’équilibre de ses écosystèmes récifaux.
Texte adapté à partir des données de S. Corbel (Okeanos).




